Afrique : Le continent face à la quatrième vague provoquée par le variant Omicron

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Face à cette nouvelle vague de pandémie, l’Afrique australe est la plus durement touchée, mais c’est surtout l’écart vaccinal avec les pays du nord qui inquiète. Le nombre de nouveaux cas double tous les cinq jours a indiqué la directrice du bureau Afrique de l’Organisation mondiale de la santé. Cependant, force est de constater qu’il y a moins de morts que lors de précédentes poussées épidémiques, a tempéré le Dr Matshidiso Moeti.

L’Afrique est frappée par une quatrième vague de la pandémie de nouveau coronavirus provoquée par le nouveau variant Omicron – détecté pour la première fois le 24 novembre en Afrique du Sud – après avoir connu la plus rapide augmentation hebdomadaire du nombre de nouveaux cas depuis mai 2020. Au total, plus de 2 700 cas d’Omicron ont été signalés dans 59 pays à travers le monde, dont 11 pays africains comptant pour 33 % du nombre global de cas, selon l’OMS.

Avec Omicron, l’Afrique du Sud reste de loin le pays africain le plus touché par le virus. Le pays a recensé le plus grand nombre de cas ces sept derniers jours avec 122 870 contaminations, selon un décompte de l’AFP à partir de chiffres officiels. Le nombre de tests qui arrivent dans les laboratoires a explosé ces dernières semaines et le taux de positivité est le plus haut jamais atteint (28,9 %). Le pays, qui enregistrait jusqu’à 20 000 nouveaux cas par jour en moyenne en juillet, tourne actuellement autour de 17 000. Seuls les décès n’ont pas connu d’augmentation significative jusqu’ici, la plupart des patients présentant de faibles symptômes à ce stade. Le gouvernement, qui lutte contre un rejet du vaccin notamment chez les jeunes, a annoncé une troisième dose du vaccin Pfizzer accessible dès janvier. Les scientifiques planchent encore sur l’efficacité des vaccins contre le variant aux nombreuses mutations.

Non loin, au Lesotho, le petit royaume montagneux, enclavé dans le territoire sud-africain, est le pays du monde où les contaminations ont crû le plus vite ces sept derniers jours : 425 % d’augmentation, hors micro-États et parmi les pays ayant enregistré au moins 50 cas pour 100 000 personnes. De quelques cas par jour début novembre, les chiffres ont bondi à 1 133. Les restrictions sanitaires ont aggravé la pauvreté dans ce pays parmi les 30 plus déshérités au monde et qui importe d’Afrique du Sud 85 % des biens qu’il consomme. Le scénario est le même dans plusieurs pays d’Afrique australe.

Couvre-feu, quarantaine, preuve de vaccination pour entrer dans les bars : le retour de sévères restrictions dans la foulée de la découverte d’Omicron n’a pas empêché une forte hausse des infections. Le Zimbabwe est le deuxième pays au monde où les contaminations augmentent le plus vite et atteint des records avec 4 300 nouveaux cas par jour ces sept derniers jours. Comme ailleurs, cette augmentation n’est pour le moment pas accompagnée d’une hausse des décès et la pression reste supportable pour un système de santé aux abois dans un pays au bord de l’effondrement économique, avant même le Covid.

Il y a un mois, la Namibie enregistrait quelques dizaines de cas par semaine. Aujourd’hui, c’est le 3e pays au monde où les contaminations augmentent le plus rapidement par rapport à sa population, + 327 % au cours des sept derniers jours (3 169 cas). Les autorités sont confrontées à un fort rejet du vaccin et seuls 12,1 % des 2,4 millions de Namibiens sont complétement vaccinés. Des dizaines de milliers de vaccins ont récemment été détruits, périmés avant d’avoir pu être utilisés alors que le continent est en retard pour immuniser sa population de 1,2 milliard.

Mais c’est dans la dernière monarchie absolue d’Afrique, l’Eswatini que les choses s’accélèrent. C’est désormais le pays avec le plus fort taux d’incidence en Afrique australe : 488 cas pour 100 000 personnes ces sept derniers jours. Le petit pays a battu son record de contaminations avec 5 658 cas enregistrés du 7 au 13 décembre. Environ un quart de la population de 1,2 million, dont les deux tiers vit sous le seuil de pauvreté, est vacciné. Une grande partie ne croit pas au vaccin et privilégie la médecine traditionnelle. Les masques sont rarement portés en zone rurale, malgré la menace d’arrestation.

Reste que le vrai problème concernant l’Afrique est moins le rythme de contamination au variant immatriculé B1.1.529 que le faible taux de vaccination. « Nous pensons, avec un optimisme prudent, que le nombre de morts et de cas graves va rester bas durant cette vague, mais la lenteur de la vaccination en Afrique signifie qu’il sera beaucoup plus élevé qu’il ne devrait », a estimé le Dr Moeti.

Selon les dernières projections de l’OMS, l’Afrique pourrait n’atteindre l’objectif des 70 % de vaccinés contre le Covid-19 qu’en août 2024. La barre des 70 % est considérée comme essentielle pour contrôler la pandémie, a rappelé le bureau régional Afrique de l’Organisation mondiale de la santé à l’occasion de son point de presse régulier en ligne. Or, au 13 décembre, seulement 20 pays africains avaient vacciné au moins 10% de leur population, seulement 6 avaient atteint les 40 % de vaccinés et seulement 2 (Maurice et les Seychelles) en étaient à 70 %. « Au rythme actuel, l’OMS estime qu’il faudra attendre mai 2022 pour avoir en Afrique une couverture vaccinale de 40 % et août 2024 pour atteindre 70 %. » « Mais nous pouvons encore sauver beaucoup de vies si nous accélérons le rythme de la vaccination début 2022 », a estimé le Dr Matshidiso Moeti. Seul un quart des Sud-Africains sont entièrement vaccinés, mieux qu’ailleurs sur le continent mais loin derrière le reste du monde.

Ce déséquilibre vaccinal est dénoncé depuis de longs mois par le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Et depuis ces dernières semaines, le ton est monté du continent africain. Plusieurs présidents, notamment ceux du Sénégal et d’Afrique du Sud, ont alerté sur un apartheid vaccinal. Ce mardi 14 décembre, le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a mis en garde contre les conséquences que pourrait avoir pour l’Afrique la décision de l’UE de mobiliser ses vaccins pour des campagnes de rappel et a condamné les interdictions de voyage liées au variant Omicron. « La politique peu honorable de nationalisme en matière de vaccins à laquelle nous assistons pourrait potentiellement faire dérailler les efforts mondiaux déployés (pour contenir) la pandémie », a déclaré Nana Akufo-Addo dans un discours au Parlement européen à Strasbourg. « Nous, comme l’Organisation mondiale de la santé, craignons que le phénomène de thésaurisation des vaccins ne s’aggrave encore, alors que les pays commencent à administrer des rappels », a-t-il argumenté.

Les nations plus riches, dont les membres de l’UE, les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont accéléré les campagnes de vaccination pour administrer des doses de rappel après la découverte du variant Omicron. Selon les experts, une troisième dose de vaccin offre une meilleure protection contre le nouveau variant. Le dirigeant ghanéen a également critiqué « la décision prise par les pays, y compris ceux de l’Union européenne, d’isoler les pays africains pour leur imposer des interdictions de voyage concernant un variant qui a été découvert dans plus de 40 pays ». Plusieurs pays, ainsi que l’Union européenne, ont imposé des interdictions de voyager à des pays, principalement en Afrique australe, après la détection d’Omicron en Afrique du Sud. « Le monde devrait être reconnaissant aux scientifiques sud-africains dont les connaissances et l’expertise en matière de séquençage génomique leur ont permis d’identifier le nouveau variant », a assuré le dirigeant Akufo-Addo. « Des applaudissements, et non la condamnation de leurs peuples, auraient dû être leur récompense », a-t-il déploré.

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