Bourses universitaires au mérite : Une mesure contre les étudiants pauvres ?

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Le projet de décret visant à limiter l’attribution des bourses universitaires ne cesse de couler l’ancre et salives malgré la volonté  de vouloir faires des économies et susciter le plus méritant. Quid sur des divergences de vue ?

Par La Rédaction

«Il y a deux ans, c’était la hausse des frais universitaires, maintenant, il y a une révision des conditions d’attribution des bourses, comment tenir», lance Tina, étudiante en Licence 1 d’anthropologie à l’Université Omar Bongo (UOB).

Debout devant l’entrée de l’UOB, Tina énumère les frais liés aux études. En plus des frais universitaires (35.000 FCFA par an en Licence, 75.000 FCFA pour un Master Pro et 60.000 FCFA pour un Master recherche), il faut compter l’achat de fascicules – entre 3.500 et 20.000 par matière -, les frais de transport, ou encore les frais d’hébergements pour les étudiants venus de province. La jeune étudiante est catégorique : pour elle, la bourse est «indispensable».

Depuis 2012, seule l’obtention du Bac permettait d’avoir d’une bourse de 83.000 FCFA par mois en premier cycle, et 98.000 FCFA par mois en second cycle. Mais vendredi, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret annonçant que seuls les moins de 19 ans ayant eu au moins 12/20 de moyenne au Baccalauréat auront le droit à une bourse. Un prêt étudiant pourra être contracté auprès d’une banque, remboursable sur cinq ans, pour les bacheliers de plus de 19 ans avec 12/20 ou plus de moyenne à l’examen.

Dans la même logique que l’augmentation des frais universitaires en 2017, la révision des conditions d’attribution bourses vise à s’adapter «aux évolutions économiques actuelles», alors que le Gabon, encouragé par le Fonds monétaire international, doit assainir ses dépenses publiques. Déjà, l’augmentation des frais de scolarité «a permis de renforcer le budget 2018», explique à Gabonreview Guy-Serge Bignoumba, secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur, qui dit attendre le Conseil d’administration pour obtenir les détails des avancées.

Conditions d’éducation précaires dans le public

Pour de nombreux jeunes, la décision gouvernementale ne fera que creuser les écarts sociaux, alors que les conditions d’apprentissage au lycée comme à l’université ne s’améliorent pas, et que de nombreuses familles gabonaises restent minées par la précarité. «Désormais, ceux qui vont apprendre seront les enfants de parents riches», s’insurge Ange Gaël Makaya, président de la mutuelle étudiante à l’UOB, qui déplore aussi une mesure décidée si rapidement, si tard, «sans consulter les partenaires sociaux et sans donner une explication à la jeunesse».

Le leader estudiantin doute également de la capacité des banques gabonaises à jouer leur rôle pour les prêts étudiants et craint une «fuite en avant» de la part de l’Etat. «Ce projet de décret n’a pas pris en compte toutes les réalités de ce pays», renchérit Samir Mahamat Yaya, porte-parole du mouvement Etudiants conscients et inscrit en M2 de droit. Rien qu’à l’UOB, il déplore par exemple l’absence de campus depuis 2014, l’achat des livres par les étudiants, le retard dans le paiement des bourses, ou encore le fait que plusieurs M2 de droit n’ont pas fait leur rentrée 2019.

Plus généralement, les grèves de plusieurs mois chez les enseignants du public, le manque de salles de classes ou de bancs ou encore la précarité de nombreuses familles sont des freins à l’éducation, constatent les leaders étudiants.

Au lycée Mabignath à Libreville, une jeune lycéenne de terminale confirme que «la plupart des élèves dans les salles de classe sont déjà âgés de plus de 19 ans parce que la plupart des familles vivent sous le seuil de la pauvreté. Par exemple, un enfant peut commencer le CP1 à 9 ans» dans l’arrière-pays.

Pour tous les élèves ou étudiants interrogés pour la circonstance,  le verdict est unanime : les conditions d’étude dans le public ne sont pas favorables à une obtention du Bac à 19 ans avec une moyenne de 12/20. «On ne fait que favoriser le privé», conclut un lycéen.

 

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